Vélingara - Lutte contre la malnutrition : la solution vient des femmes pauvres (monde_rural) - Soumis par gregoire le 07/04/04 à 3:32

Elles n'ont rien, mais leurs enfants font leur fierté dans un environnement où la pauvreté installe une malnutrition endémique. Les agents de développement ont alors cherché a percer leurs secrets, avant d'en faire des modèles. Désormais tout le monde copie sur elles.

- Le département de Vélingara enregistre le triste record du taux de malnutrition au Sénégal. Pointant entre 34 et 40 %, la situation est devenue assez alarmante pour faire sonner l'alerte. D'autant qu'avec sa position de carrefour aux frontières de trois pays (Gambie, Guinée-Bissau et Guinée), ce département est considéré comme la plus pauvre du Sénégal. L'agriculture et l'elevage, les deux principales activités des populations de cette partie du Fouladou sont au ralenti à cause de plusieurs facteurs bloquants (mauvaise qualité de semences, désengagement de l'Etat dans l'encadrement des paysans, insuffisance des matériels agricoles, mise en place tardive des intrants agricoles, etc). Dans la paupérisation généralisée, le sort des enfants est inquiétant.

Depuis quelques jours on assiste à une croisade. C'est ainsi que le district sanitaire de Vélingara s'est mobilisé, en partenariat avec différentes Ong comme World Vision, Basics et l'Unicef, pour faire face cette malnutrition. A travers les formations organisées à l'intention des leaders et relais communautaires, des agents de santé et des agents de développements, l'objectif est de maîtriser une situation qui frappe des centaines d'enfants de 0 à 36 mois. Avec des conséquences négatives graves. Dans une zone où les agropasteurs représentant au moins 90 % de la population, les revenus annuels ne dépassent pas 600 kg de céréales. Le maraîchage qui devait participer à l'amélioration et à l'enrichisement de l'alimentation, n'est qu'à l'état de balbutiements, même si on est dans une zone où les potentialités sont énormes. L'alimentation reste pauvre, les responsables de familles n'assurant comme ration alimentaire que le mil et un sac de sel qu'ils mettent entre les mains de leurs épouses. Il revient à ces dernières de trouver les ingrédients nécessaires pour relever les plats. Les enfants s'exposent ainsi à toutes les maladies, telle que la malnitrution, quand les femmes n'ont pas d'activité génératrice de revenus pour améliorer l'ordinaire.

Pour améliorer la nutrition de ces enfants, le district sanitaire de Vélingara et ses partenaires se sont lancés dans un programme nutritionnel axé sur la «positive déviance». Il vise à renforcer les autres programmes de survie de l'enfant en veillant à la qualité de l'alimentation mais aussi à l'affection portée à l'enfant. A ce niveau, il s'agit de revenir aux facteurs de cohésion sociale et de bonnes pratiques, les valeurs traditionnels étant en perte de vitesse dans cette partie du Fouladou. De plus en plus, les grands-mères, gardiennes da la tradition, sont ignorées et même exclues de la gestion de la famille. Et cela n'est pas étranger au fait que les enfants âgés de 0 à 3 ans ne parviennent pas à s'épanouir comme il le faut. Le déclic est venu de la restitution des résultats d'une enquête qui a fait ressortir que dans cet univers de pauvreté ambiante, nombre de mamans démunies ont des enfants bien portants. Déduction est alors faite qu'une solution locale peut être trouvée. En enquêtant auprès de ces familles modèles, on a pu recenser un paquet de bons comportements et de pratiques efficaces. Ce sont familles modéles dans un environnement difficile qu'on désigne comme «déviants positifs». Des foyers d'apprentissage de réhabilitation nutritionnelle et d'éveil ont été implantés et ouverts dans plusieurs villages des communautés rurales de Kounkané et Bonconto.

C'est le cas à Saré Madia (Kounkanè) et Bantancountou et Darou Hidjiratou (Bonconto). Leur durée de fonctionnement est étalée sur douze jours. Les mamans et leurs enfants malnutris s'y regroupent tous les jours pour partager leurs expériences avec des mamans et grand-mères modèles. Chacune apporte sa part de contribution journalière en ingrédients pour la préparation des plats. Des mères volontaires, formées pour animer les causeries à partir des plats identifiés dans les familles déviantes, préparent cinq à six plats spécifiques. Les grands-mères sont mises à contribution pour assurer les séances d'éveil pour les enfants avec des chants et des contes. Sans oublier les relais communautaires qui supervisent ces foyers en veillant à la propreté des lieux et des conditions de préparation des mets. Les plats qui sont proposés dans ces foyers participent à la socialisation des enfants qui n'avaient pas un environnement favorable pour s'épanouir et se développer. Ce ne sont pas seulement d'ailleurs les enfants malnutris qui bénéficient des prestations. Les adultes nostalgiques viennent aussi écouter les contes qui ont bercé leur enfance.

Wal Fadjri (Dakar)
ACTUALITÉS
5 Avril 2004
Publié sur le web le 6 Avril 2004

By Cheikh Dieng
Source: http://fr.allafrica.com/stories/200404060206.html


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