Idriss Déby : le pétrole donne des appétits (politiques) - Soumis par gregoire le 10/04/04 à 8:44

Pas question de quitter alors que la manne pétrolière commence à tomber. Le parti du président Deby, le Mouvement patriotique du salut (Mps), réuni en congrès le 16 novembre dernier, a adopté une résolution demandant "au gouvernement d'initier un projet de révision de certaines dispositions de la Constitution pour les adapter" aux réalités du pays.

Une constitution adoptée le 31 mars 1996. Selon un haut responsable du Mps, ces dispositions concernent surtout l'article 61 de la loi fondamentale tchadienne qui prévoit que: "Le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans au suffrage universel direct. Il est rcéligible une seule fois." Après avoir été élu en 1996 après six ans de "transition démocratique", et réélu en 2001, le président Idriss Déby trouve ses treize années de pouvoir, plus les deux ans qui lui restent insuffisants. Il veut utiliser la technique actuellement à la mode pour ce maintenir un peu plus longtemps au pouvoir. Surtout que depuis mai 2000, Idriss Deby a obtenu le feu vert de la Banque mondiale pour l'exploitation de l'immense champ pétrolier de Doba (sud) qui rapportera au Tchad deux milliards de dollars en 25 ans d'exploitation.

Mais ce projet de révision constitutionnelle, comme on pouvait s'y attendre, suscite déjà des critiques dans les rangs de l'opposition tchadienne. Tandis que le Rassemblement pour la démocratie et le progrès (Rdp), la deuxième formation parlementaire tchadienne (12 députés), a quitté la mouvance présidentielle, son président, Lol Mahamt Choua, a également abandonné la présidence de l'alliance électorale des partis politiques qui avaient milité avec le Mps pour la réclection de M. Deby en 2001. Le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (Mdjt, rébellion) dénonce quant à elle les "gesticulations" du parti du président Idriss Deby, qui préconise une révision constitutionnelle qui permettrait à M. Deby de briguer un troisième mandat en 2006. Dans les milieux intellectuels tchadiens, il y a également des interrogations non seulement sur l'opportunité d'une telle révision, mais également sur les mécanismes juridiques de sa mise en oeuvre. Pour le chercheur Adja Djounfoune, même si sur le plan du droit rien de s'y oppose, l'article 223 de la constitution stipulant que l'initiative de la révision appartient concurremment au Président de la République, après décision prise en Conseil des Ministres et aux membres du Parlement, l'article 224 confère l'approbation de ladite révision au peuple, sauf lorsque la révision est d'ordre technique.

"Dans ce cas, la majorité des 3/5 des membres de l'Assemblée nationale suffit pour la faire. Or, il n'est pas établi que la révision de l'article 61 tombe sous le coup de la révision d'ordre technique." explique-il. De même, le référendum est certes, l'expression idéale de la démocratie que la révision symbolise. Cependant, cette expression est périlleuse. Il n'est d'ailleurs pas convenable et dans l'intérêt du peuple d'intervenir à tout moment et à tout temps dans l'ordre politico-constitutionnel qu'il a édifié. Selon lui, "une intervention fréquente constituerait une menace sérieuse pour cette stabilité et donnerait aux gouvernants, sous prétexte des voeux exprimés par le peuple, des armes pour s'établir et se maintenir au pouvoir" s'inquiète encore Adja Djounfoune. Une remarque qui risque peu d'être prise en compte par les partisans du président tchadien. Car, la révision constitutionnelle en Afrique est perçue d'abord comme une technique d'établissement de la monopolisation du pouvoir par le Chef de l'Etat. Elle a toujours été utilisée plus comme un instrument de pérennisation du système politique. Et Idriss Déby tout comme ses autres pairs africains l'ont très bien compris.

Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
ACTUALITÉS
March 15, 2004
Posted to the web March 15, 2004

Par Modeste Metenza (stagiaire)

Source: http://allafrica.com/stories/200403150320.html


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