gregoire
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Vit-on réellement des changements climatiques ? De quelle nature sont-ils ? Quels en sont les sources et les responsables ? Quels impacts auront-ils sur notre vie quotidienne, sur celle de nos enfants et sur l'économie à l'échelle maghrébine ?
De nombreuses questions posées au spécialiste en hydraulique, en l'occurrence le Dr Remini Boualem qui, lors de notre entrevue, n'a pas manqué de soulever le problème.
La nature des désastres
En effet, un peu partout sur la planète, la nature nous prévient. Les catastrophes dites naturelles se multiplient. Mais sont-elles vraiment naturelles ? En fait, ces désastres sont souvent provoqués, au moins partiellement, par la pollution atmosphérique et les activités humaines. La désertification constitue aujourd'hui l'une des causes de catastrophes écologiques dont l'étendue et l'impact s'accroissent de façon inexorable et dont les conséquences sont dramatiques pour les peuples concernés, créant une nouvelle catégorie de déshérités, considérés comme étant les victimes de la nature. Loin d'être une fatalité, la cause essentielle de la désertification doit être imputée à l'utilisation anarchique et à la dégradation irréfléchie des ressources naturelles par les populations humaines vivant dans les régions les plus vulnérables à ce phénomène.
Dans cette optique, le Dr Remini Boualem dira : «Les principales causes de la désertification sont les variations du climat et les activités humaines», expliquant en outre que «lorsque les températures sont élevées pendant plusieurs mois, elles provoquent des sécheresses qui empêchent la végétation de se développer. La désertification a des effets sur tous les aspects de la vie, ce qui démontre à quel point l'environnement et les moyens de subsistance sont interdépendants».
Phénomène, lutte et coût
Conséquence du dépérissement de la végétation, «la désertification rend les terrains inondables et provoque la détérioration de la qualité de l'eau et l'envasement des cours d'eau et des barrages», note notre interlocuteur ; la dégradation des sols est synonyme de famine et de pauvreté. «Pour trouver d'autres moyens de subsistance, les populations qui vivent dans les régions menacées par la désertification sont obligées de se déplacer. La désertification a d'énormes conséquences économiques.»
Le professeur Remini devait affirmer que la Banque mondiale estime qu'au niveau planétaire le manque à gagner des régions affectées par la désertification pourrait s'élever à 42 milliards de dollars, alors que le coût annuel de la lutte contre la désertification atteint seulement 2,4 milliards. «Il existe environ 4 milliards d'hectares à l'échelle planétaire menacés par la désertification, et plus de 250 millions de personnes sont directement affectées par ce problème, soit 24 milliards de tonnes de sols fertiles disparaissent annuellement», dira notre interlocuteur qui avance qu'entre les années 1991 et 2000, la sécheresse a entraîné la mort de plus de 280 000 personnes, et représente 11% de l'ensemble des catastrophes naturelles liées à l'eau.
Soulignant le cas de la région du Maghreb, le Dr Remini analyse que les différents modèles de circulation générale prévoient un changement possible du climat de la région pouvant atteindre 4°C d'ici à l'an 2100. Les précipitations peuvent être influencées par ces changements climatiques, mais il n'y a aucune étude sérieuse qui confirme cette relation. Cependant, les différents modèles concernant l'avenir de la pluviométrie dans la région sont peu convergents, ils indiquent une perturbation probable des régimes pluviométriques avec une tendance très légère à la baisse.
«Le Maghreb est en situation de stress hydrique et devrait au-delà de 2025 se retrouver en situation de pénurie d'eau», note-t-il en enchaînant que «l a problématique de l'eau sera sans doute une préoccupation majeure durant ce siècle souterraine ou superficielle, l'eau subit depuis une trentaine d'années une dégradation sensible et tend à se raréfier dans l'ensemble de la région.
«Par ailleurs, ajoute-t-il, l'envasement des barrages dans la région du Maghreb risque de connaître une évolution spectaculaire dans les années à venir, suite aux changements climatiques. La région sera caractérisée par un climat beaucoup plus agressif, avec alternance d'années sèches et humides, et des pluies intenses et dévastatrices pour les sols. Les crues deviendront de plus en plus violentes et brutales et seront la cause d'une forte ablation et le taux d'érosion des bassins versants sera beaucoup plus élevé.
Durant la période de sécheresse, la dessiccation du sol entraînera un important fractionnement superficiel du terrain par un réseau très serré de fissures. Il s'agira d'un véritable travail de désagrégation sur place préparant celui de l'ablation et du transport par les eaux des premières pluies. Ces précipitations, qui seront généralement torrentielles, arriveront sur un sol dénudé, déplaceront des masses considérables dans les oueds qui vont atterrir dans les retenues de barrage.»
La question de la rareté de l'eau
Cela dit, la région du Maghreb se trouve dans l'un des plus grands déserts du monde : le Sahara. C'est dans cette aire que se forment les plus grands ergs de la planète sous l'effet des obstacles majeurs et des dépressions topographiques, de grands ergs prennent «naissance» ; certains peuvent être exportateurs de sable, d'autres de dépôts avec comme conséquences celle du destin des oasis installées à la périphérie de l'erg. Elles peuvent être menacées de disparaître sous le sable, ou au contraire, renaître dans un désert débarrassé de sable.
Parmi les plus grands ergs du Sahara et du Sahel figurent les Grands Ergs occidentaux et orientaux. Le premier est l'aire de dépôt en amont venu de l'erg Erraoui, erg d'obstacle dû au ralentissement des courants éoliens transporteurs du sable contre le massif des Eglab. Le second, quant à lui, s'est formé suite au ralentissement des courants éoliens transporteurs de sable dû à la contre-pente de la surface topographique sur laquelle il re pose. «Ces régions enregistrent les précipitations les plus faibles de la planète et parallèlement le sous-sol est animé par des écoulements souterrains formant de grands réservoirs d'eau qui ont permis aux Bédouins, grâce à leur ingéniosité, de trouver les solutions les plus adaptées au captage de l'eau et de la restituer lentement», affirme-t-il, tout en avançant que les oasis jouent un rôle stratégique dans les régions arides, et se caractérisent par un climat dominé par la faiblesse des précipitations, de fortes amplitudes thermiques, et par la nécessité de mobiliser l'eau pour l'accomplissement de l'activité agricole et économique.
Principalement dominées par les palmeraies, les oasis traditionnelles de l'Afrique du Nord se distinguent par des atouts non négligeables, dont une précocité de production et une diversité biologique végétale très importante. En plus de la diversité exceptionnelle du palmier dattier, les cultures associées telles que des espèces arboricoles, céréalières, maraîchères, fourragères et médicinales renferment également une richesse biologique appréciable. «Malheureusement ces oasis sont confrontées à de sévères contraintes : enclavement, salinité, érosion génétique animale et végétale, ensablement et sécheresse conduisant à la désertification. La nécessité de l'intensification imposée par la rareté des ressources terre et eau a favorisé le développement de pratiques fragilisant l'agro écosystème oasien», conclut-il.
La Tribune (Algiers) ACTUALITÉS 5 Février 2006 Publié sur le web le 6 Février 2006
By Mohamed Medjahdi [Modified 02/07/06 06:58:55 by gregoire]
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